L'industrie

Son histoire

L'histoire du bleuet remonte à la naissance de la région du Saguenay–Lac-Saint-JeanSaguenay-Lac-Saint-Jean. Depuis 175 ans, ils teintent notre vie en la rendant délicieusement bleue.

Les forêts québécoises sont riches en baies sauvages qui ont poussé dans le sillage des grands incendies qui ravagent nos terres boisées. Parmi celles-ci, la plus abondantes, connues et délicieuses demeurent le bleuet, appelée myrtille en France. Le bleuet est un petit fruit qui vit dans la taïga et les tourbières, formant la majorité de la végétation de ces lieux peu attrayants pour les autres plantes. Le bleuet fait partie de la grande famille des airelles, qui comprend également les myrtilles sauvages et les canneberges. Il existe plus d'une espèce de bleuets. La plupart poussent sur des arbrisseaux de moins de 30 centimètres. Rustique, le petit fruit résiste à notre climat aride. Le Saguenay–Lac-Saint-Jean est d’ailleurs une région boréale du Québec qui présente des conditions climatiques et géographiques typiques d’un environnement nordique. Ces conditions influencent les productions agricoles et les caractéristiques des produits bioalimentaires qui émergent du sol.

Jadis, dans la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean, du temps de nos grands-parents et arrière-grands-parents, sa cueillette constitue, de juillet à septembre, une véritable industrie pour les familles nombreuses de l'époque. Ce moment de l'année était essentiel dans l'économie des familles. À l'image des vendanges en France! La cueillette se faisait à la main et en forêt et assurait l'entrée de revenus d'appoint. Toute la famille était mise à contribution et les campements n'étaient qu'un bien maigre réconfort pour les dures journées de labeur. Historiquement, étant loin des marchés, la production régionale doit s’écouler principalement sur son territoire.

Bien que les Amérindiens s'adonnaient à la cueillette, le bleuet connaît son expansion vers la fin des années 1800. Si on retrouve en abondance cette petite baie charnue, juteuse, sucrée et facile à récolter, dont la couleur varie du bleu pourpre profond au bleu noir, c’est qu’en mai 1870, un grand feu ravagea le deux tiers de la grande région du Saguenay–Lac-Saint-Jean. À ce moment, le grand feu transformera la terre durement défraîchie et labourer par nos bâtisseurs en brûlé. Un brûlé consiste à mettre un champ en feu et à contrôler l'incendie, un procédé encore employé aujourd'hui dans la culture du bleuet. Malgré les modernisations qui ont marqué notre histoire, l'aspect rudimentaire caractérisera la cueillette qui est à la base de cette industrie. Même aujourd'hui, ceux qui pratiquent la cueillette à la main font un clin d'œil aux coutumes traditionnelles.

C'est l'arrivée du chemin de fer à Roberval, en 1880, qui constitue une plaque tournante qui révolutionnera l'exportation du bleuet à travers le monde. Si en 1905, on exportait 150 wagons de ces perles bleues qui ornent le sol de nos forêts, en 1940 l'industrie du bleuet est très lucrative et dépasse même l'industrie laitière qui était très bien implantée. En 1945, l'ONF produit même un film qui s'intitule La manne bleue. On y présente son histoire en passant par la cueillette, le transport et l’exportation.

La pollinisation est essentielle dans la culture de la petite baie bleue qui jouit d'une réputation sans frontières. Anciennement, les abeilles locales suffisaient. Depuis le développement des bleuetières dans les années 1960, ça prend de plus en plus d'abeilles pour polliniser les vastes champs. On dit qu'en 1980, on faisait venir jusqu'à 30 000 ruches pour polliniser environ 80 % de la superficie des bleuetières de l'époque. Aujourd'hui, la superficie des bleuetières représente presque l'île de Montréal. La création des bleuetières et la congélation du petit fruit ont révolutionné cette industrie qui doit sa prospérité à la qualité du bleuet produit chez nous.

De nos jours, on peut cueillir les bleuets sauvages en forêt et dans une bleuetière aménagée. La récolte du bleuet s’est mécanisée au fil du temps.

L'industrie d'aujourd'hui

« Les bleuets peuvent conserver leur goût et leur valeur nutritive jusqu'à deux ans lorsque le tri, le nettoyage et la congélation sont réalisés dans les 24 heures suivant leur récolte. »

L’industrie agroalimentaire, principalement par le biais de l’agriculture, a joué un rôle important dans le développement de notre région du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Dans le respect de ceux qui ont dessiné notre histoire, notre paysage économique a vu naître, au fil des ans, une nouvelle économie : l'industrie agroalimentaire. En valorisant le bleuet par sa transformation en une gamme de produits portant un sceau de qualité de plus en plus recherché, des entreprises à l'image de Délices du Lac-Saint-Jean rendent hommage à ceux qui ont défriché la terre de leurs mains. Sous la forme de petits pots, on donne un second souffle à la tradition.

Au Québec, on récolte en moyenne près de 60 millions de livres de bleuets sauvages chaque année. Depuis une quinzaine d’années, la production de bleuets est en croissance constante. Plus de 400 producteurs mettent en production plus de 28 000 hectares, et ce, pour une recette économique brute d’environ 45 millions de dollars annuellement.

Au Saguenay–Lac-Saint-Jean on compte 110 entreprises de transformation dans le domaine de l’alimentation et plus ou moins 1 200 producteurs totalisant 15 300 emplois et un PIB de 430 millions de dollars. Les principales activités sont la production bovine, laitière, le bleuet et la pomme de terre. La signature de plusieurs accords mondiaux, au fil des dernières décennies, a amené une mondialisation des marchés. Les petites perles bleues du Québec sont exportées dans plus de 30 pays, dont les États-Unis, la Chine, le Japon, l'Allemagne et le Royaume-Uni. On estime que 95 pour cent d'entre elles sont vendues sous forme congelée. Les bleuets peuvent conserver leur goût et leur valeur nutritive jusqu'à deux ans lorsque le tri, le nettoyage et la congélation sont réalisés dans les 24 heures suivant leur récolte.

Les différents cycles de production des bleuetières ajoutent une touche de couleur à nos paysages. Cet éventail de couleurs débute lorsqu’émergent du sol de minuscules fleurs blanches en forme de clochette qui laisseront la place à des perles bleues. Une fois la récolte passée, ce tapis ponctué de vert et de bleu deviendra rougeâtre à l’automne, ce qui n’est pas sans rappeler la couleur des flammes qui embrasa le terreau qui allait devenir le berceau d’une économie régionale. 

 

L’incarnation de la fierté

Le bleuet revêt un caractère identitaire pour les habitants du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Quand les gens de l'extérieur parlent des gens de la région, ils les surnomment de « Bleuets ». C’est le sobriquet des habitants de ce coin du Québec. Entre nous, on s'enorgueillit de ce trait identitaire. On a qu'à penser à son insertion dans le nom de festivités, d'infrastructures ou de bâtiments. Le terme bleuet est rassembleur et est le reflet de notre fierté.

 

Inspirés de recherches historiques de l’historien Éric Tremblay

Menu de section